l’ethique


par Peggy Snoek-Noordhoff
Le programme de développement affectif et social est un outil, un outil créateur de liens et de sens qui peut se révéler « magique ». Néanmoins, ce n’est qu’un outil. Il peut servir pour ériger une cathédrale ou une prison. Tout dépend de l'éthique de l’ouvrier⋅e qui l’utilise. Nous sommes humain⋅es, donc imparfait⋅es. Mais la technique nous demande d’être lucidement imparfait⋅es et de nous parfaire, inlassablement, avec humilité.

La technique est très simple. Rapidement apprise, elle semble facile. Et pourtant. Après quarante ans d’expérience, il nous arrive encore de déraper. Il y a des jours où le cercle est techniquement correct, des jours où il est magique.

C’est d’ailleurs une question que nous pouvons souvent après l’activité : le cercle a-t-il été magique ?

Pour mettre les participant⋅es en condition, l'animateur⋅rice devra permettre aux participant⋅es d'entrer dans un espace et un temps différents grâce à un rituel. Il⋅elle devra donner le ton et cheminer personnellement vers plus de conscience. Son attitude devra tendre à témoigner de bienveillance, d’un respect inconditionnel des personnes et de leur liberté de parole et de conscience.

Il n’est pas question de partager du dogme, de la vérité arrêtée. Il n’y a que du vertige à partager, de l’ignorance incandescente, du paradoxe. Christiane Singer

L’association ProDAS se donne pour objectif de faire connaître l’outil et de former des animateur⋅rices conscient⋅es et vigilant⋅es, fidèles à son éthique.

Cet outil n’est en rien une psychothérapie, même si les effets peuvent être thérapeutiques.

Il ne peut en aucun cas être assimilé à une idéologie politique, philosophique ou religieuse. Il vise au développement de la tolérance qui, selon la définition de Paul Ricoeur « n’est pas une concession faite à l’autre, mais l’acceptation du fait que je n’ai pas la vérité tout seul » Chaque personne sera, grâce à la méthodologie et au programme progressivement amenée à prendre conscience qu’elle est à la fois unique et semblable aux autres.

Sachant que les humains captent mieux et plus durablement ce que nous sommes que ce que nous leur disons, les animateur⋅rices et formateur⋅rices travaillent à incarner les valeurs qu’ils⋅elles désirent développer chez les participant⋅es.

Ces valeurs sont:

Le respect inconditionnel de chaque personne et sa parole

Dans le cercle tou⋅tes sont sur le même pied d’égalité.

Il y a la mise en cercle, elle est importante. Il arrive parfois que, pour des raisons pratiques (timing ou autre), on emploie la méthodologie en frontal. N’empêche, symboliquement, nous sommes en cercle, c’est-à-dire que tous les participants quels que soit leur âge et leur statut sont sur le même pied. C’est le principe d’égalité. L’animateur⋅rice, n’est que garant⋅e des règles. Ce qui va se passer dans l’activité, c’est une rencontre entre humains.

Nous accueillons chaque personne avec le même respect, nous écoutons sans interrompre et sans juger…

Une règle essentielle

« Juger est une illusion parce que si vous devez juger, vous vous servez de votre propre échelle de référence. Derrière le jugement se cache la croyance que tout le monde est identique... De quel droit juger. On a le droit que de comprendre. » Swami Prajnampad

En nous écoutant, nous découvrons que les autres nous sont à la fois fondamentalement semblables et fondamentalement différents. Tous mortels, nous sommes semblables par nos besoins, nos peurs et nos espoirs, par nos forces et nos fragilités, par notre créativité, nos rêves de puissance et d’immortalité. Et pourtant nous sommes tous uniques, différents et… parfaitement imparfaits.

Nous sommes tellement plus que nos comportements, plus que nos opinions et si lors de cercles nous nous interdisons de juger les personnes, nous pouvons en activité complémentaire organiser des débats philosophiques autour des opinions et là, il est important de porter des jugements de valeur, non sur les personnes mais sur les opinions.

Le respect de la liberté

La liberté de se taire lors des cercles de parole

Une des règles du cercle est : « Personne n’est obligé de parler » Chacun a droit à son jardin secret.

Même si le nombre de ceux et celles qui prennent la parole peut être un indicatif de la confiance entre les participant⋅es au groupe, la qualité d’un cercle ne peut être jugée sur le nombre de participant⋅es qui s’expriment.

La liberté de cheminer à son rythme

Le cercle est une bulle de rencontre, de calme, d’intériorité, de paix. Les participant⋅es ont droit à la parole et découvrent à leur rythme, les sagesses qui conviennent à leur niveau de développement.

L’animateur⋅rice est un observateur bienveillant.

Sachez que ce programme est un processus, d’un chemin, (ni une panacée, ni une baguette magique). Chacun⋅e progresse à son rythme, il y a parfois des errements (et qui dira que l’errance n’est pas nécessaire, parfois ?).

N'attendez pas de miracles ( si, si, il y en a), acceptez inconditionnellement le chemin singulier de chaque groupe, de chaque personne mais ne vous découragez pas.

La croissance d’estime de soi, la baisse des incivilités et de la violence, la prévention des fanatismes, les apprentissages, sont la conséquence et non le but des cercles.

Chacun⋅e peut faire ses prises de conscience de façon différente et à son rythme.

C’est difficile d'accepter cette réalité, notamment pour certain⋅es enseignant⋅es formaté⋅es à travailler en termes d’objectifs concrets, en termes d’évaluations objectivables.

La liberté de participer aux formations

Dans le cadre scolaire ou dans le cadre d’une institution, il peut paraître utile pour la cohésion du groupe, que chaque membre participe ou soit à même d’animer des cercles de parole.

Si l’on peut demander à chacun⋅e de s’informer sur la méthode, la pression sociale ne doit en aucun cas le forcer à animer ou à ne pas animer des cercles ProDAS.

La culture de l’empathie et de l’intériorité

Laissons parler Albert Jacquart. De l’humain, il nous dit :

Notre effort doit être non de le combattre, mais de le rencontrer. Pour mettre un terme définitif aux guerres, la seule issue est de développer l’art de la rencontre.

Mon utopie Albert Jacquard-Stock-2006, p119

Code éthique pour animer le Programme de développement affectif et social

Dans ma pratique du PRODAS, j’adopte sur le plan personnel et professionnel une attitude éthique en adéquation avec ce programme :

Je reconnais que

Le PRODAS est un programme et une méthodologie de la communication en groupe visant au développement socio-affectif qui s’appuie sur trois postulats fondamentaux :

o Toute personne, par le seul fait qu’elle existe a une valeur humaine.

o Toute personne a droit à l’autonomie.

o Toute personne a le besoin et le droit de se sentir acceptée et aimée.

La pratique de ce type de cercle de parole est un entraînement à l’expression authentique de soi et à l’écoute bienveillante du vécu de chacun. Elle ne constitue en aucun cas une psychothérapie.

Je m’engage à :

- Cheminer vers un respect inconditionnel de toute personne même si je ne peux respecter ses opinions.

- Lors de mes animations, marquer clairement la différence entre les cercles PRODAS et les séquences de débats ou d’apprentissage.

- Continuer mon évolution personnelle dans ma pratique et en discuter de façon régulière.

- Etre conscient de mes limites et me faire superviser en cas de doute.

- Etre à l’aise avec les thèmes que je propose.

- Ne jamais me substituer à un psychothérapeute.

- Garantir à tous les participants la libre pensée et le libre arbitre, refuser toute forme de dogmatisme ou de sectarisme.

J’adhère au présent code éthique que j’ai lu et compris

signature de l’animateur⋅rice, signature du formateur⋅rice,

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l'historique

Le Programme de développement affectif et social a été conçu aux Etats-Unis dans les années 60. Le Québécois Jacques Lalanne a traduit les ouvrages en français et est devenu ainsi le promoteur du PRODAS au Canada francophone depuis les années 70. Je rencontre ce dernier en 1977 à Bruxelles et suis séduit par l'outil. L'aventure du PRODAS commence alors en Belgique.

le programme

Le programme complet permet aux individus de prendre conscience de trois dimensions constitutives de leur être : « ce que je suis », ce que je fais » et « la manière dont j’interagis avec les autres ». Pour être traité dans son entièreté, il nécessite un groupe stable pendant une dizaine de séances minimum. Il peut évidemment se décliner en une infinité de séances, qui, même si les thèmes se répètent, ont des effets cumulables mettant en lumière nos diverses facettes.

la méthodologie

Il est possible d’utiliser la méthodologie du ProDAS occasionnellement sans suivre le programme complet. Par exemple, pour évaluer des activités (« je peux vous dire comment je me suis senti⋅e (ce qui m'a touché.e) pendant l’exercice précedent ») ; ou pour témoigner de notre vécu autour d’une thématique développée avec un groupe (amitié, argent, justice, travail, etc). Dans tous les cas, les cercles de parole ProDAS permettent de renforcer les capacités d’écoute et d’expression, ou de créer des liens entre les participant⋅es.

les atouts

Quarante ans d’expériences dans les écoles nous permettent d’affirmer que la pratique régulière de cercles ProDAS aide les élèves et les enseignant⋅es à créer dans les groupes un climat de confiance et de sécurité et exerce l’empathie. L’expérience plus récente avec des adultes de divers milieux professionnels ou lieux de vie confirment les bienfaits du ProDAS sur le développement des personnes.

des témoignages

Pratiquer les cercles ProDAS ne laisse pas indifférent⋅e. Ce qu'ils apportent aux personnes comme aux institutions, est d'une grande richesse. A vous d'en apprécier la teneur à travers ces quelques témoignages. A vous également de nous envoyer le témoignage de vos propres découvertes du ProDAS pour que nous puissions les offrir en lecture dans la rubrique.